Assises de la Santé – Table ronde
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Atelier 8SommaireEn attendant la suite

Bien vivre en bonne santé dans un environnement sain, un enjeu de l’écologie politique ?

Animateur :
Simon PERSICO, professeur à Science-Po Grenoble

Intervenant-e-s :
– Karim AOU, Génération-s
– Corinne MATIGNON, PCF
– Michèle RIVASI, EÉLV

Introduction

[Simon Persico]

Bonjour à toutes et tous,
Merci à l’équipe d’organisation de ce bel évènement de m’avoir invité pour participer à clore cette journée de réflexion.

Je m’appelle Simon Persico, je suis professeur de science politique à Sciences-Po Grenoble. Et j’interviens ici à un double titre : celui de compagnon de route de l’écologie politique, d’une part – j’ai été longtemps adhérent d’EELV. Mais je vais aussi essayer cet après-midi de chausser ma casquette de chercheur en science politique, qui travaille sur la manière dont les enjeux environnementaux et l’écologie politique sont venu transformer les systèmes politiques en Europe.

Lors de cette plénière, l’idée, c’est de partir des diagnostics qui ont été tirés au cours des ateliers pour se donner des perspectives plus larges. Comment faire pour que ces diagnostics trouvent un débouché politique ?

Nous sommes en effet tous d’accord sur les diagnostics. Il y a urgence à agir sur le terrain de la santé face à la gravité de la crise sanitaire. La liste des indicateurs de cette crise sanitaire est bien longue. Augmentation des maladies chroniques, de l’obésité, du diabète, ou recrudescence des cancers. Ces fléaux contemporains sont causés par notre environnement, au sens large du terme : la qualité du sol dans lequel pousse nos aliments, de l’air de la ville dans laquelle nous vivons, de l’eau que nous buvons, des composés chimiques ajoutés dans les aliments que nous mangeons, ou même de l’énergie physique dépensée chaque jour pour nous déplacer… Tout cela constitue l’environnement. En matière de santé, la notion d’environnement ne s’arrête pas aux frontières de la nature, même si elle les inclut.

La conception écologiste des enjeux de santé, de ce point de vue, peut être comparée à la conception écologiste dans un sens plus large. Il s’agit bien évidemment de remettre l’environnement naturel au cœur de nos préoccupations. Mais pas seulement : il s’agit aussi de transformer la façon dont nos sociétés sont organisées, de repenser nos modes de vie, de trouver des solutions aux problèmes qui ne passent pas forcément par de simples solutions techno-scientifiques. Évidemment, la science doit avoir toute sa place. Après tout, on ne connaîtrait pas la gravité du problème d’obésité sans épidémiologues ; on ne saurait pas que les pesticides sont responsables de la hausse des maladies hormonales sans endocrinologues ; on ne conseillerait pas aux individus de manger un maximum de fruits et légumes sans nutritionnistes… Mais il s’agit aussi de transformer un système de santé qui pense exclusivement soin sans vraiment penser prévention.

Tout le monde ici est donc d’accord sur le diagnostic. Mais il y a un pas entre ce relatif consensus sur le diagnostic et la capacité d’agir. Quelle action envisager ? Comment porter ces enjeux là au sommet de l’agenda politique, au cœur de nos institutions ? Avec quel outil politique, quel parti, quelles alliances ?

Car on a beau avoir raison, le changement, ne viendra pas tout seul. Les écologistes sont bien placés pour le savoir, eux qui nous ont alerté, avant tout le monde, sur un certain nombre de risques qui font aujourd’hui consensus, mais qui restent encore à l’écart du pouvoir.

Il est donc urgent, si l’on veut que notre manière d’envisager la santé se transforme, d’être efficace dans le débat public et dans l’effort de conquête du pouvoir. La bonne nouvelle, c’est que l’espace politique existe. En droitisant toujours plus ses discours et ses actes, Emmanuel Macron libère une large place dans le débat public. Comment réussir à investir cet espace politique, pour que des positions progressistes, écologistes prévalent ?

C’est à cette questions que nous tenterons de répondre aujourd’hui.

Pour cela, nous avons trois invités de marque.

Débat

[Simon Persico]

Karim AOU vous êtes le référent de Génération-s sur Lyon. Vous avez été conseiller municipal de Villeurbanne et vous êtes un acteur de plusieurs mouvements associatifs, syndicaux et citoyens dans plusieurs champs : éducation populaire, citoyenneté locale, musiques actuelles…
La question que je voudrais vous poser est la suivante : pour le moment, Génération-s est un parti très jeune, qui n’a encore jamais présenté de candidats aux élections. Quel rôle peut jouer un nouveau parti politique dans la reconquête d’un espace politique laissé vacant, alors même que cet espace est déjà relativement émietté ?

[Karim Aou]

Notre parti est né en juillet dernier, avec des personnes n’ayant pas eu d’engagement politique avant. Génération-s adhère à la charte mondiale des Verts. Aujourd’hui, nous n’avons pas eu de candidats aux élections, mais nous avons des élus locaux, départementaux, régionaux.
Nous misons sur la pratique et l’expérience de chacun, dans des comités locaux : nous avons une lecture militante et citoyenne basée sur l’expérience, avec le souci de vérifier nos attendus avec ce que pensent nos partenaires et en étant à l’écoute de l’ensemble des luttes actuelles (monde de la santé…). Nous savons que nous n’aurons pas, seuls, les solutions, nous rencontrons les agents, les organisations syndicales…
Sans bilan à assumer, nous sommes libérés d’un certain poids et nous pouvons innover : si nos propositions ne sont pas crédibles, nous les affinons dans nos rencontres avec nos partenaires.

[Simon Persico]

Corinne MATIGNON vous êtes membre du conseil national du Parti communiste français, un parti qui, s’est longtemps frotté aux Verts, puis à EÉLV sur les questions d’écologie – sur le nucléaire ou la transition industrielle, par exemple. Mais désormais, votre parti adopte des positions beaucoup plus en ligne avec les positions écologistes : en témoignent les travaux réalisés dans le cadre de vos assises de l’écologie, qui se sont tenues il n’y a pas un mois. Autre caractéristique importante du PCF : sa volonté de ne pas scinder la gauche et d’œuvrer à l’action commune.
La question que je voudrais poser est la suivante : le Parti Communiste représente, aux yeux des électeurs, une gauche classique, « old school » diraient les jeunes. Celle de la défense exclusive de l’emploi et des services publics, au détriment, parfois, de la prise en compte des nouveaux enjeux – et notamment écologique. Comment votre parti peut-il changer son image sur ces questions là et en quoi une dynamique de rassemblement des forces de gauche et écologistes peut-elle l’aider dans cette mission ?

[Corinne Matignon]

Sur la question de rassemblement, nous pensons qu’on est plus fort à plusieurs têtes qu’à une seule. La gauche est diverse : beaucoup de choses nous unissent, même si des choses nous séparent. Vous avez émis 2 propositions que nous promouvons aussi : 100 % pour la sécurité sociale, réduction des inégalités territoriales. Sur les questions d’environnement, nous avons pris du retard : on parle beaucoup de l’individu, du commun. Mais nous pensons que la question environnementale est aujourd’hui essentielle pour le bien-être des gens : l’environnement commence à être une priorité, comme la mise en commun de tous les biens du service public.

[Simon Persico]

Est-il vraiment besoin de présenter Michèle RIVASI ? Professeure de biologie, elle fut, depuis le milieu des années 1980, de la plupart des combats de l’écologie politique en France – que ce soit dans sa dimension associative et politique : associative parce qu’elle est fondatrice de la CRIIRAD, au lendemain de Tchernobyl ; elle a dirigé Greenpeace et elle est à la tête de nombreux mouvements de lutte contre les lobbies dans les domaines de l’industrie agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique ou des nouvelles technologies.
Mais elle est aussi en première ligne sur le front de l’écologie plus politique, car elle se présente aux élections et siège dans les assemblées. En effet, elle a été députée à l’Assemblée nationale, conseillère départementale, adjointe de Valence et évidemment députée européenne.
La question que je voudrais te poser, chère Michèle, est la suivante : penses-tu qu’il faille sauver la marque « écologistes » ?

[Michèle Rivasi]

C’est une bonne question, que je me pose souvent. Je fais mienne la phrase de Pascal Durand : « Je ne suis ni de droite, ni de gauche, je suis écologiste ». Nous devons convaincre autour de nous : or, autant au niveau des hôpitaux que des EHPAD, on est dans le curatif. Nous, écologistes, nous voulons la prévention : vivre dans un environnement sain. Avec la marche des Cobayes, nous avons rencontré les syndicalistes CGT : au début, il y avait beaucoup de morts liés aux substances. Mais ils ne se posaient pas la question des causes, mais de l’emploi. Si on dénonçait Arkéma, on menaçait l’emploi. Depuis l’amiante, ça avance. Si on ne protège pas des menaces de l’environnement en amont, la sécurité sociale va exploser. 3 millions de personnes ont des problèmes au niveau de la thyroïde… pourquoi ? On ne peut pas continuer à vivre dans ce modèle de société. C’est là où on va se retrouver sur les conditions de travail, la solidarité. Mais il faut se poser la question : pourquoi utiliser des pesticides ? Le nucléaire, on va en crever ! Ce n’est pas durable.
L’écologie, c’est aussi la construction de la paix : c’est là où on peut se retrouver sur des valeurs : partage, respect, considération… C’est pas seulement la solidarité. Si on ne bagarre pas pour réduire le réchauffement climatique, ça va être la guerre, les gens se réfugieront là où c’est vivable.
Quand je me suis faite élire sur « ni de droite, ni de gauche », pourquoi les gens ont-­ils voté pour moi ? Parce qu’ils ont réalisé que leurs enfants pourraient vivre dans un monde vivable…
On a tendance à oublier que ce sont les écolos qui ont proposé des mesures qui paraissent aujourd’hui évidentes (perturbateurs endocriniens…). Mettez l’écologie politique comme priorité : toutes les autres choses se déclinent par rapport à ça !

[Karim Aou]

Pour rassurer l’auditoire, Génération-s n’est ni pour le nucléaire, ni pour les perturbateurs endocriniens ! Nous souhaitons trouver comment porter ensemble les mesures urgentes, comment fonder un projet de société alternatif. On sera attentif à écouter toutes les sensibilités dans cette démarche. On ne sera pas en désaccord sur le fond, mais on mettra sans doute les curseurs à des niveaux différents pour fonder le projet le plus crédible et le plus cohérent possible.

[Corinne Matignon]

Le PCF est foncièrement de gauche, pour combattre le capitalisme et la société de profit à tout prix. Le fait d’être ni de droite, ni de gauche me pose un souci car il s’agit d’un choix de société.

[Simon Persico]

Pour moi, l’écologie politique est clairement une composante de la gauche et c’est de plus en plus clair avec le temps.

L’axe gauche/droite va perdurer pour structurer les débats publics, au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux problèmes. Ex : l’obésité, c’est le résultat de politiques de santé qui consistaient à manger beaucoup pour faire face à la malnutrition.

Quand on interroge les citoyens, ils ne savaient pas positionner Macron sur l’échelle gauche/droite en 2017, aujourd’hui ils savent très bien. C’est pareil avec les écologistes.

Les enjeux de santé sont, un peu comme l’écologie, consensuels en apparence ! Personne ne va dire qu’il est pour les perturbateurs endocriniens ! Or ce qui est consensuel n’intéresse personne ! Il faut donc revenir aux aspects conflictuels : montrer en quoi une politique de santé de droite n’est pas une politique de santé écologiste. Il faut bien montrer, dans la manière de présenter la santé aux citoyens, qu’il s’agit de faire des choix. Il y a une réflexion anti-productiviste et pas seulement public/privé (EDF peut aussi avoir des impacts négatifs).

Un des signes que ça bouge, c’est l’évolution des leaders : il y a une récupération très forte des enjeux écologiques par tous les leaders des partis. Le changement a été fort chez Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

À quoi reconnaît-on un écologiste ? Il répond « environnement » quand on lui pose une question sur autre chose. Désormais, la plupart des leaders de gauche parlent écologie quand on leur parle d’autre chose. Cf. François Ruffin qui s’est mis à parler « biodiversité » alors qu’on le questionnait sur le droit du travail.

Benoît Hamon a réussi à faire passer le sujet des perturbateurs endocriniens dans le débat public, même s’il s’est fait critiqué là-dessus.

Les citoyens sont aussi devenus anticapitalistes : les électeurs des différents partis sont en réalité les mêmes aujourd’hui.

[Michèle Rivasi]

Quand on est passé de « l’anti-capitalisme/anti-productivisme » au « libre-échangisme » (TAFTA…), on a été davantage en phase entre les différents partis. Dans l’écologie politique, il y a une cohérence par rapport à toutes les problématiques auxquelles nous sommes confrontées aujourd’hui. Notre problème, c’est que toutes nos revendications se sont dispersées dans les autres partis : tout le monde est un peu écologiste.
Les élus de droite font des cantines bio, du transport modal. Les gens se disent : « L’écologie devrait être transversale ». Et bien, non : l’écologie est une trajectoire spécifique, qui intègre un vrai dialogue. Nous avons aussi de spécifique la solidarité Nord-Sud. Nous avons une cohérence qui permet que tout le monde avance dans le même sens.

[Corinne Matignon]

Sur les questions de santé, prévention ou soin, nous nous complétons dans nos combats.

Synthèse conclusive, par Simon Persico

Pour essayer de réfléchir à ce qu’il convient de faire pour mettre les enjeux de santé au sommet de l’agenda politique, je voudrais faire un pas de côté et replacer ces enjeux de santé, cette nouvelle conception plus globale de la santé dans une perspective plus large. Car, il en va de la santé, de l’écologie comme de tous les enjeux : si vous voulez changer les choses, il faut faire en sorte que ces enjeux soient présents dans le débat, qu’ils suscitent l’attention, la mobilisation des citoyens et des élus. Qu’ils comptent. Je voudrais d’abord esquisser le tableau de la situation actuelle, en partant des spécificités des enjeux de santé et de leur lien avec le paradigme écologiste. Je montrerai ensuite que non seulement ces enjeux sont constitutifs de l’écologie politique, mais qu’ils sont représentatifs du rapport entre l’écologie politique et le reste de l’espace politique, notamment à gauche. Ce qui offre des raisons d’être optimiste

Les enjeux de santé, sont comme l’écologie politique, des enjeux consensuels, en apparence…

On accuse souvent les écologistes de politiser des enjeux qui sont consensuels : l’écologie, comme la santé, ne sauraient être l’apanage d’un parti ou d’un camp, mais devraient être transversales. Il y a une part de vrai dans ce discours : avoir une planète propre, respirer un air pur, voir ses proches vivre en bonne santé… Qui pourrait être contre ?

Mais si les objectifs peuvent être consensuels, on se rend compte assez vite que la manière de les atteindre et la priorité que l’on donne à l’atteinte de ces objectifs peuvent varier considérablement. Dès qu’on gratte le vernis vert dont se sont parés de nombreux responsables politiques, c’est plus compliqué.

Le rythme de sénateur adopté par le gouvernement actuel sur le front de l’environnement et de la santé tranche ainsi nettement avec le volontarisme de réforme affiché dans de nombreux autres secteurs : droit du travail, SNCF, université, justice… En matière d’écologie, aucune réforme d’ampleur n’est vraiment en vue. Emmanuel Macron déclare vouloir « Make the planet great again », ou invite, dans une vidéo parfaitement réalisée, les citoyens à éteindre la lumière une minute pour « montrer qu’ils sont prêts à rejoindre le combat pour la nature ». Mais cette communication politique maîtrisée et dynamique ne s’accompagne d’aucune réforme d’ampleur.

Ce décalage entre le discours et les actes s’illustre bien dans le report, par Bruxelles, des sanctions à l’égard de la France pour le dépassement des seuils de pollution de l’air. Dans le cas d’espèce, il s’agit même d’un double renoncement : sur le front de la santé environnementale, d’abord, puisque les feuilles de route proposées par la France ne proposent pas de réforme sérieuse pour lutter contre ce fléau sanitaire. Sur le front de l’Europe, ensuite, parce que cette non-décision européenne a sans doute été obtenue de haute lutte par la France, qui vient ainsi affaiblir le poids de la Commission, alors même qu’Emmanuel Macron se veut le défenseur d’une Europe politique plus intégrée.

Il me paraît donc fondamental de mettre en évidence la conflictualité de l’approche écologiste. Après tout, si l’on décide de vraiment faire face à la crise sanitaire, il y aura des perdants : l’agro-business, les grandes multinationales de l’alimentaire, les laboratoires pharmaceutiques… Et ces perdants ne se laisseront pas faire sans résister. C’est la raison pour laquelle, il faut agir de manière collective et déterminée.

Les enjeux de santé, sont, comme l’écologie politique, des enjeux qui viennent recomposer la gauche

Il serait faux de dire que la santé est un impensé de la gauche traditionnelle. Au contraire, celle-ci a longtemps eu une doctrine claire et a d’ailleurs permis d’obtenir des avancées déterminantes. Les propositions émanant des ateliers en ont d’ailleurs repris un grand nombre : un service public de qualité, efficace, où le personnel de santé est bien formé, qui a les moyens de ses ambitions ; la protection de chaque citoyen, gratuitement, face aux aléas de santé ; la lutte contre les inégalités de santé…

À ces éléments qui sont indispensables pour quiconque souhaite améliorer la santé de nos concitoyens, l’écologie politique est venue apporter une nouvelle dimension, un supplément d’âme indéniable. En tenant compte des effets de l’environnement, on l’a assez dit. En proposant de ne pas seulement se soumettre aux solutions technoscientifiques. Mais elle ne fait pas et ne doit pas faire, table rase de la pensée traditionnelle.

Parce qu’il est fondamental d’avoir un service public de qualité ; parce qu’il est fondamental d’avoir un service public qui protège les plus faibles. En matière de santé, être écologiste c’est donc souhaiter à la fois un système de santé ouvert, égalitaire et efficace et un système de santé qui met la prévention au cœur de ses principes de fonctionnement.

Il en va de même de la relation qu’entretient l’écologie politique et la gauche.

Les écologistes ont ainsi fait leurs les positions de gauche sur de très nombreux enjeux : les libertés individuelles, la lutte contre les inégalités, l’importance attachée à l’éducation. Mais il y ont ajouté une dimension manquante jusqu’ici : la lutte contre le productivisme. C’est en cela que, même si sa trajectoire a été balbutiante initialement, l’écologie politique est désormais clairement ancrée à gauche.

Cela se constate aussi quand on regarde le positionnement de plus en plus de partis verts à l’échelle mondiale : en France, bien sûr, mais aussi en Angleterre, en Belgique, en Suède, aux Pays-Bas, et même en Autriche.

Cela se constate quand on regarde le positionnement des citoyens qui se déclarent favorables à l’environnement, qui sont hostiles au nucléaire, ou en faveur d’une agriculture paysanne. Ils se déclarent beaucoup plus volontiers de gauche.

Cela se constate quand on regarde le discours des élites politiques : il suffit de comparer le discours d’un Mélenchon, d’un Hamon, ou d’un Pierre Laurent à celui d’un Sarkozy ou même d’un Macron pour s’en convaincre. Il y a eu, au sein de la gauche, un véritable aggiornamento ces dernières années. Un aggiornamento qui fait que c’est par un ancien socialiste que le citoyen lambda a entendu parler de perturbateurs endocriniens ou de quinoa…

Pour imposer ces enjeux face aux enjeux de l’extrême droite : la nécessité du rassemblement

Et une des raisons pour lesquelles les écologistes se sont ancrés à gauche et doivent participer à renforcer le camp de la gauche, c’est que l’écologie politique, cette nouvelle idéologie, cette nouvelle vision du monde, fait face au développement d’une autre nouvelle idéologie, une autre vision du monde : celle de l’identité et du repli sur soi. Qui elle est clairement à droite.

Ainsi, si le contenu de la compétition politique, les conflits qui structurent notre vie politique, en France comme dans de nombreux pays, ont changé, ce n’est pas uniquement en positif, grâce au développement de l’écologie politique, mais aussi en négatif, avec le développement des partis d’extrême droite et des enjeux dont ils sont porteurs. Ces enjeux se sont imposés à l’agenda politique. Ils sont de plus en plus visibles, attirent hélas de nombreux (jeunes) électeurs.

Face à cette extrême droite, la deuxième dimension, c’est assez nouveau, recoupe à la fois des positions hostiles au néolibéralisme et des positions hostiles au productivisme. Pendant longtemps, les citoyens favorables à l’écologie n’avaient pas vraiment de religion sur les questions économiques. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus clair. Quand on est favorable à la lutte contre les pollutions, à l’agriculture biologique, aux énergies renouvelables, on est en même temps favorables à la défense du service public, à la régulation du capitalisme et à la lutte contre les inégalités.

Cette nouvelle situation invite vraiment à la responsabilité de l’ensemble des forces de gauche. Car les électeurs de Mélenchon, de Hamon, de Jadot, de Laurent, mais même de ce qu’il reste du PS, ce sont les mêmes en termes de valeurs. Seule diffère, à la marge, leur catégorie sociale. Il paraîtrait donc totalement contre-productif, et incompréhensible pour des électeurs qui sont très proches en termes de valeurs, que cette vision du monde, qui est maintenant partagée, avance en ordre dispersé.

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